58 réacteurs nucléaires français ? aussi dangereux qu’à Fukushima !

A la suite de la catastrophe nucléaire de Fukushima daiichi, le gouvernement français a demandé à Areva et EDF, les deux exploitants se partageant les installations nucléaires françaises, de procéder à un « stress-test » de ces installations.

La pratique peut sembler curieuse, puisqu’en général, dans à peu près tous les autres secteurs de l’économie, les entreprises se font auditer par des intervenants extérieurs, de manière non seulement à obtenir (justement !) un point de vue extérieur à leur problématique,  mais aussi pour pouvoir par la suite communiquer sur la transparence et l’indépendance de l’audit en question.

Ici, par contre, pas d’expert indépendant, public ou privé, point d’irruption d’indésirable dans les pattes d’Areva ou EDF : on définit son petit cahier des charges, on procède soi-même à son petit tour d’installation, et l’on fait remonter à l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), en charge d’analyser les résultats, ce que l’on veut bien lui refiler. Bel entre-soi, splendide gage de transparence et d’indépendance.

Les résultats ne sont font pas beaucoup attendre, et assez logiquement avec ce genre de méthodes, ils sont bons, la chose étant même largement relayée dans les médias par des journalistes recrachant ce qu’on leur demande de recracher, avec toute la conscience professionnelle caractérisant cette portion de la profession.

Les installations devront bien recevoir quelques modernisations, mais l’on reste dans le domaine de la retouche : ici une petite correction, là un léger arrangement. Difficile, après tout, d’améliorer la perfection, non ?

Sauf que Greenpeace a décidé de commander un rapport critique sur « ces évaluations complémentaires de sûreté ». L’association écologiste s’est tournée pour cela vers des experts indépendants, qui ont apparemment pu travailler en collaboration avec de nombreux organismes publics et privés un peu partout autour du monde, y compris, et c’est une première, avec l’IRSN (Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire) ou l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN). On peut imaginer facilement le fait que ces deux derniers instituts aient fini par être un peu fâchés d’avoir à être devant les médias la caution scientifique d’une évaluation qui tient plus du chiffon rouge médiatique que d’un stress-test dont l’existence était pourtant pour le moins légitime.

En effet, les scientifiques dénoncent clairement la méthodologie de ces évaluations. EDF et Areva, d’un commun accord avec elles-mêmes, ont décidé de n’étudier que l’aspect théorique de leurs installations, tout est basé sur la conception et le vieillissement des bâtiments et pièces qui composent celles-ci. Autrement dit, aucune prise en compte de facteurs tels que l’humain (et par exemple des dangers liés à l’externalisation de la maintenance des installations nucléaires en France), ou encore des évolutions des connaissance scientifiques pouvant impacter ces installations. A titre d’exemple, depuis la conception et la conception et la mise en place des installations nucléaires françaises, la carte des risques sismiques du territoire français a été actualisée :

France : carte du zonage sismique avant 1991

France : carte du zonage sismique avant 1991

France : carte du zonage sismique après 2010

France : carte du zonage sismique après 2010

 

Par ailleurs,  il est totalement hallucinant de constater que jamais dans les informations délivrées par EDF et Areva il n’est fait mention de moyens à mettre en œuvre pour limiter la probabilité d’un accident. Les experts mandatés par greenpeace pour ce rapport critique ne se gènent pas, par contre, pour proposer un certain nombre de recommandations, dont la mise en œuvre permettrait de limiter les risques, y compris pour les 58 réacteurs nucléaires en activité en France, jugés aussi peu sûrs que ceux qui ont entrainé la catastrophe nucléaire japonaise.

Dormez tranquille, braves gens, le nucléaire (français) est sûr, ayez confiance…

Un résumé du rapport est lisible chez Scribd, tandis que la version complète (en pdf) est récupérable ici.

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