France – En vidéo, paroles de SDF

France – En vidéo, paroles de SDF

Une série d’entretiens en vidéo de SDF (Sans Domiciles Fixes), réalisés par les Enfants de Don Quichotte, en 2006. Au menu, comment l’amour, l’argent, la tête, la vie font que parfois l’on devient SDF, et comment, une fois qu’on en est là, on voit les choses, le monde…

Le contexte de prise de vue :

Qu’est-ce qu’on veux, qu’est-ce qu’on réclame ? On réclame des toits adaptés pour tous les SDF qui dorment dehors. On réclame la fermeture des centres d’hébergement d’urgence, qui sont insalubres, inadaptés. En centre d’hébergement d’urgence, on n’a pas de domicile, on peux pas trouver un travail, on peux pas refaire ses papiers. Les SDF, en France, aujourd’hui, ont 43 ans d’espérance de vie. L’INSEE en dénombre 86000, la Fondation Abbé Pierre en dénombre 400000. Ces gens là sont en train de mourir. Ces gens là qui ont droit à la Sécurité Sociale, et au RMI en majorité, n’ont rien, parce qu’ils se font voler leurs papiers, parce qu’ils dorment dehors sur des cartons. […].

Les entretiens avec les SDF :

T’es un humain, t’es pas un gavé, t’as une éducation, t’as une culture, quelle que soit d’où elle vienne. T’as quelque chose qui fait que tu te rends compte qu’il y a une injustice sur Terre, une fracture terrible. Y’a déjà une injustice culturelle et artistique. Y’en a une autre qui est monnétaire et puis de foyer, de maison, de terrain. Je te dis, tout homme devrait naître avec un terrain et la maman elle donnerait les rideaux, le papa les outils, l’enfant apprendrait à construire une maison. Tout ça disparait, ca te fait des hommes robots. Même les SDF ils sont robots, t’as vu ce qu’ils encaissent ? T’as vu comment ils sont, dans quel état ? Et ils vont encore durer  10 ans comme ça. Le jour où ils tomberont, on en parlera plus, on saura même pas qu’ils existent. Il y a un truc horrible, de culture, fait par les médias et tout ce que tu sais, les fenêtre de HLM de la télévision, là, tout ça, ça gave, ça gave, ça gave alors maintenant on ne regarde plus les pauvres, on appelle la police ou on passe le trottoir […].

C’est la révolution, quoi. Faut gommer le R de révolution, faut faire des évolutions, des circonvolutions, c’est beaucoup plus rigolo. Parce que les révolutions, ça fait toujours des vengeances, des armes, des guerres… Mais on est mal barrés, nous on le connaîtra pas l’amélioration ou la voix, ou la direction, ou la lumière qui amènera un parti ou un président, un groupe d’hommes et de femmes qui auront vraiment un autre pouvoir, mais tes enfants commenceront. Ils iront pas à Mc Donalds, ils iront pas à Walt Disney, ils iront écouter les contes roumains, tchétchènes, yougoslaves, qui sont pas mystiques, mais qui sont d’une beauté qu’on apprend jamais aux enfants en France, on leur apprend De Gaule, on apprend les gaulois, Astérix. C’est beau Astérix, mais faut pas abuser, c’est devenu Mc Donald, Astérix, maintenant, quand t’achète un Big Mac. Tu vois, tout ça, c’est complètement faux, c’est faux, c’est faux… C’est gaver l’homme par par qu’il pense… Chut !!! Alors on deviens des petits esprits, des petits… Oh, on est parfaits, on est beaux, on est respectables, on est civils, on est civiques, on est citoyens, on est bleu-blanc-rouge, on a son pays, terre d’accueil, mosaïque culturelle [bras d’honneur] tiens ! La belle blague. Ils nous font monter dans les étoiles, alors qu’on cultive plus le jardin avec le rateau, on mets plus de graines, on fait plus de petits trous avec les doigts d’enfants, pour mettre une graine et lui apprendre. Maintenant, tout est sous vide, sous emballer… Où tu vas… Maintenant, tu vas en province, tu verras encore des grand-mères qui font encore le jardin, ou il y a encore des gens qui amènent les légumes à leurs enfants à Paris. Y’a encore des tas de belles choses, mais tout ça, un jour, on te le fera payer, comme on fait payer le regard aux SDF, quand ils demandent une petite pièce. Tous ces gens nickelés, propres, brillants, sentant le parfum ultra-chic, mais ils te pompent les yeux, quand tu leur demandes une petite pièce, même un renseignement, s’il n’y a pas un foyer ou un truc, ils t’envoient ballader. Tout ça c’est un peu un amalgame, mais il y a une injustice culturelle et artistique de consommation qui est horrible. Qui est horrible.

Il faut faire une armée d’humour et d’amour avec les enfants que vous aurez, et les spectateurs que vous êtes. Une armée d’humour et d’amour.

Le cardio, il me dit, tu vas y rester, si tu continues comme ça. On verra bien…

Comme l’as dit sa mère un jour […] : « Je ne conçois pas que ma fille se soit mise avec un ouvrier ».

Et ben j’ai fais une dépression et puis après voilà… L’alcool.

Je suis dans la mouise, comme on dis, mais j’essaie d’aider quelqu’un. […] Dans ma misérable vie, j’essaye d’aider les autres.

C’est un crime d’avoir des enfants dans cette situation.

C’est la rue qui me rend violent.

Je vous dis, moi, dès que je vais trouver un travail, tous ces riches, là, ils vont pleurer.

Il y a une chose que j’aimerais bien, c’est embrasser mes filles. C’est tout.

Il y a une espèce de discours officiel de l’establishment comme quoi si il y a des gens qui sont dans la rue ce sont nécessairement des gens du tiers monde ou des alcolos, ou des camés, ou des déchets, mais qu’il y ait des gens qui se fassent escroquer, qui se fassent virer de chez eux, on va pas le dire, parce qu’ici, c’est la patrie des droits de l’homme.

Tu as une espèce de misérabilisme tiers-mondiste qui se met en place, et qui est ni plus ni moins qu’un arbre destiné à cacher la forêt.

Le fait qu’il y ait des gens qui meurent de froid dans un pays riche, ça fait désordre.

Aide toi, le ciel t’aidera

Ne vous découragez jamais

Accroche-toi, frère !

Je vous aime, maman, papa, et mes soeurs […]

Aimez-vous, il n’y a que ça à faire dans cette vie […]

Parce que les gens c’est des bâtards, tu dois être gentil, c’est tout, tu sais toi, encore plus qu’un autre, […] Sois pas un fils de pute avec les gens […]  Sois quelqu’un de bien avec les gens, sois toujours gentil, avec le vieux avec la vieille qui pourraient être ta mère, ton père, ton grand père, ta grand mère, tu connais pas les gens, respecte les tous […].

On est des humains comme tout le monde, des humains, ça a le droit de vivre, et voilà…

Au lieu de faire Paris Plage […]

Moi, je veux travailler ! Je veux qu’on me donne ma chance.

Le froid, c’est la mort.

Je vous dis que les gens qui tombent dans la rue, ils peuvent pas se relever…

J’ai fais l’armée française, j’ai été commando français, et maintenant, je suis dans la merde, c’est quoi ça ?

Je garde ma dignité.

Faut même pas y penser, faut prendre la vie comme elle est […]

Le trottoir, c’est mon laboratoire.

Préservez-vous

Ces images datent de 2006. La France d’alors est en pleine campagne pour les présidentielles de 2007, et visiblement, les hommes politiques, et en particulier celui qui deviendra chef de l’État, ont pris conscience de l’importance et de la gravité de la situation : plus personne ne dormira sur le trottoir :

Que l’on pense que Nicolas Sarskozy, à l’issue de son mandat, a éradiqué la pauvreté en France, est parvenu à trouver un toit à tous les SDF, ou qu’il a prononcé là sa promesse politique la plus cynique et la plus sinistre, une petite visite au site des Enfants de Don Quichotte peut s’avérer instructive.

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