Images – regards sur la polygamie aux Etats Unis d’Amérique.

Stéphanie Sinclair est une photojournaliste indépendante américaine, vivant à New-York.  Née en 1973, elle s’est formée aux bases de son métier à l’université de Floride, avec pour spécialisation journalisme et photographie artistique, cela ne s’invente pas !

Elle a commencé sa carrière en travaillant pour le Chicaco Tribune, où elle fit l’expérience de la guerre en Irak. Après quelques années, elle prend le parti de devenir freelance, travaillant près de 6 ans au Moyen Orient, et avec un certain succès, puisqu’elle voit ses photographies publiées au sein de revues et journaux (plus ou moins) prestigieux (New York Times, National Geographic, Time, Newsweek, Geo (Allemagne), Marie-Claire, Stern, etc.), et que sa biographie indique un certain palmarès en termes de récompenses, avec le prix Care en 2008, un 1er et un 3e prix au World Press Photo (!!!), ainsi que le visa d’Or du Festival de l’image de Perpignan en 2004.

Stéphanie Sinclair a décidé il y a quelques années de se pencher sur l’Eglise fondamentaliste de Jésus Christ des saints des derniers jours (FCJCLS), une secte américaine née d’un schisme au sein de l’église mormone. Les mormons, qui ont plus de 13 millions de membres, ne reconnaissent pas de légitimité à cette église fondamentaliste, entre autres choses car elle autorise encore le mariage plural, ou autrement dit la polygamie, tandis que les mormons y ont renoncé de manière officielle en 1890.

C’est ainsi que Warren Jeffs, devenu dirigeant de la FCJCLS en succédant à son père, considéré comme celui-ci par les membres de cette église comme un prophète vivant, a eu comme lui 75 soeurs-épouses (le nom consacré des épouses dans cette réligion), et a été arrêté  le 28 août 2006 pour complicité de viol et détournement de mineurs, après avoir été placé dans la liste des 10 fugitifs les plus recherchés aux USA par le FBI !

La FCJCLS, qui compte près de 10000 membres, a fait l’objet d’un autre coup de projecteur médiatique que celui de l’arrestation de son dirigeant avec la diffusion tout d’abord aux Etats Unis puis rapidement sur toute la planète de Big Love, une série américaine diffusée pendant 5 ans (2006 – 2011) par HBO aux USA.

Big Love, la série montrant la vie d'une famille américaine polygame. A l'image, Bill Henrickson, le mari, ses 3 femmes (Barbara « Barb » Dutton Henrickson, Nicolette « Nicki » Grant, Margene Heffman) et leurs enfants.

Big Love, la série montrant la vie d’une famille américaine polygame. A l’image, Bill Henrickson, le mari, ses 3 femmes (Barbara « Barb » Dutton Henrickson, Nicolette « Nicki » Grant, Margene Heffman) et leurs enfants.

Cette série remarquable tant par son scénario collant de très près à la réalité que par les qualités d’interprétation des acteurs incarnant les personnages, donne à voir dans le détail la vie pour le moins singulière d’une famille polygame de l’Utah, ayant fuit la FCJCLS, composé de Bill Henrickson, le mari, de ses 3 femmes (Barbara « Barb » Dutton Henrickson, Nicolette « Nicki » Grant, Margene Heffman) ainsi que de leurs 7 enfants. Bien entendu, la situation n’est pas simple : l’Utah interdit la polygamie. Bill et sa famille doivent donc se cacher aux yeux de tous, et prendre d’infinies et parfois coûteuses précautions : Bill Henrickson est ainsi contraint de posséder 3 maisons voisines, et nourrit l’équivalent de 3 familles…

Cette série, qui a été encensée par les critiques, a eu le mérite d’éclairer la façon de vivre des membres de la FCJCLS, et a peut être un peu forcé la société américaine a jeter un œil sur un sujet considéré auparavant au mieux comme à éviter, au pire comme tabou.

Yearning for Zion Ranch, Eldorado (Texas)

Yearning for Zion Ranch, Eldorado (Texas)

En 2008, Stéphanie Sinclair apprend l’existence de la FCJCLS par un fait divers sordide : une adolescente de 16 ans appelle une association d’aide aux victimes de violences conjugales du Texas depuis un ranch nommé « Yearning for Zion Ranch » pour se plaindre d’avoir été battue et violée par son « mari spirituel ». Cette association comprend la nature polygame de ce mariage, chose totalement interdite aux USA, et dénonce la chose aux autorités. Le fait divers défraie la chronique médiatique : police et services sociaux se rendent sur place en masse et finissent par emporter des centaines d’enfants et de femmes avec un véritable cortège de bus. Jamais, cependant, la victime ne sera identifiée.

Il n’en fallut pas davantage pour piquer au vif le côté féministe clairement revendiqué de Stéphanie Sinclair, connue non seulement pour ses photo-reportages en zone de guerre, mais également pour avoir fait publier des reportages consacrés au mariage contraint de fillettes en Afghanistan ou encore à l’excision en Indonésie.

Elle commence tout d’abord par se documenter, puis entre en contact avec les figures importantes du mouvement, et finit par obtenir un accord de la part du « prophète » emprisonné lui-même, Warren Jeffs, sous réserve toutefois de réaliser quelque chose d’objectif, sans parti pris sur le mode de vie ou les coutumes de cette communauté qui a très mal vécu non seulement la condamnation de son leader spirituel, mais aussi le déchainement médiatique au Texas et qui se sent stigmatisée.

Les images de ce reportage intitulé « La polygamie aux Etats-Unis » se contentent donc de nous apporter un regard sur la vie des membres de la FCJCLS, dans un univers totalement décalé et anachronique avec le reste de la société, une vie de gens pieux et traditionalistes, faite de prières, de dures journées de labeurs dans les champs et les fermes, les portraits des prophètes omniprésents, et des adolescentes ayant toutes leurs premiers enfants avant 16 ans ou 17 ans. Les coiffures des femmes, très relevées sur le front, comme les vêtements (et particulièrement les robes des femmes) sont typiques de cette communauté, et strictement identiques à ce qu’il est possible de voir dans la série Big Love.

Les membres de la FCJCLS considèrent leur mode de vie comme étant le seul à même de leur permettre de vivre en accord avec leurs croyances, et s’opposent au fait de voir la société s’en mêler, y compris sur la question de la polygamie, arguant du fait que la liberté de religion, inscrite au sein de la constitution est un élément fondateur des États-Unis d’Amérique. La société civile américaine, en condamnant certains membres à la prison, ne semble pas partager cette opinion, à l’image également du  Southern Poverty Law Center (une association d’étude et de surveillance de l’ensemble des mouvements et associations prônant la haine aux USA) qui décrit cette communauté comme étant :

une secte suprémaciste blanc, homophobe, anti-étatiste et totalitaire.

Le photo-reportage « La polygamie aux Etats-Unis » de Stéphanie Sinclair a été publié dans le New York Times, ainsi que dans National Geographic, et a obtenu le visa d’or catégorie Magazine au Festival Pour l’Image 2010 de Perpignan.

« La polygamie aux Etats-Unis » par Stephanie Sinclair :

Site officiel de Stéphanie Sinclair, et la galerie des photographies de cette galerie « Polygamy in America », avec le contexte de prise de vue de ces images (en anglais, laisser votre curseur sur l’image pour voir apparaître le texte).

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