Un accident de niveau 4 dans la centrale nucléaire américaine de Fort Calhoun

Un barrage sur le point de se faire submerger ? Délestage !!!

Le fleuve Missouri connait actuellement, et depuis le 6 juin 2011, une crue historique, la pire depuis plusieurs décennies. A l’origine de ce phénomène, de très importantes précipitations auxquelles se sont ajoutées les eaux de la fonte de neige tombée de manière abondante cet hiver sur les Montagnes Rocheuses. Le barrage de Point Gavins, d’une hauteur de 23 mètres sur près de 2700 mètres de long, qui retient un lac d’une superficie de 130 km², s’est vu contraint de procéder à un délestage important pour éviter d’être submergé.

Le barrage de Point Gavins, petit mais costaud : hauteur de 23 mètres, 2700 mètres de long, et qui retient un lac d'une superficie de 130 km² !

Une centrale nucléaire transformée en île !

Le problème est qu’en l’occurrence, située dans l’état américain du Nebraska, à presque 300 km en aval, se situe, lovée tout au bord du fleuve, la centrale nucléaire de Fort Calhoun, qui, du fait de ce délestage, s’est retrouvée submergée.

Centrale Nucléaire de Fort Calhoun, avant de devenir insulaire

La Centrale nucléaire de Fort Calhoun est devenue une île ! Pas aussi exotique que le sable clair et les palmiers, mais bon...

Dès le lendemain, le 7 juin 2011, un feu se déclare dans la centrale, provoquant des émanations de fumées toxiques. La centrale est évacuée, mais, miraculeusement, le système de protection automatique contre les incendies parvient à l’éteindre.

La centrale de Fort Calhoun est une centrale équipée d’un réacteur à eau pressurisée de 500 MW. Ce réacteur avait été arrêté au cours du mois d’avril, afin de le recharger en combustible.

Le combustible usagé est stocké dans une piscine, le temps de le laisser refroidir, ce qui prend en moyenne presque une année. Cette piscine contient vraisemblablement également du combustible neuf, en attente de chargement dans le réacteur. Ce sont, en tout, quelques 670 tonnes de combustibles radioactifs qui sont stockées là.

Les dégâts occasionnés par l’incendie et l’inondation n’ont pas été communiqués, il est juste possible de savoir que les câbles électriques alimentant le système de refroidissement de la piscine servant à refroidir les combustibles usagés ont été endommagés. Ce système de refroidissement n’a donc pas fonctionné pendant au moins les 90 minutes qui ont suivi l’incendie.

Or, depuis la catastrophe de Fukushima-Daiichi, même le grand public connait le le risque que représente un arrêt, même momentané, de ces systèmes de refroidissement : le combustible se met à chauffer, de plus en plus fort, et finit par fondre, détruisant les gaines censées le contenir. A partir de là, les matières radioactives sont en liberté…

 

Que s’est-il passé à Fort Calhun ?

Une centrale nucléaire, pour refroidir, nécessite de l’eau. Beaucoup d’eau, parce qu’une fission nucléaire, ça chauffe, et pas qu’un peu : avec une efficacité de l’ordre de 30 % (même une centrale au fioul fait mieux en termes d’efficacité énergétique…), c’est 70 % d’énergie qui se disperse sous forme de chaleur.

Bref, pour satisfaire aux gigantesques besoins de refroidissements, toutes les centrales nucléaires sont construites près d’étendues d’eau de taille importante. Parfois au niveau de l’eau, parfois en hauteur, mais aussi en dessous du niveau de l’eau, comme Fessenheim située plusieurs mètres en dessous du niveau du grand canal alsacien.

Dans ces circonstances, on imagine volontiers que les ingénieurs nucléaires qui ont pensé ces installations, que ces experts qui en ont encadré la conception, auraient pris la peine de réfléchir à l’éventuelle possibilité d’un soupçon de risque d’inondation.

On pourrait se laisser porter à croire que ces scientifiques de haut vol, ces penseurs et visionnaires du monde de demain, se rappellent que l’activité industrielle qui les nourrit n’est pas tout à fait comme les autres activités industrielles. Que les conséquences potentielles de mauvais choix, ou de risques pris sont d’un tout autre niveau que pour les autres industries humaines.

Et bien, non.

Ce qui peut paraître une évidence à monsieur tout le monde ne semble pas l’être dans la tête des pontes du monde nucléaire.

La centrale de Fort Calhun, pas plus que celle de Fukushima-Daiichi, n’était pas dotée de procédures de protection efficaces contre les inondations, la chose ayant même été dénoncée par un rapport de 2010 de l’Autorité de Sûreté Nucléaire Américaine pour le cas de la centrale nucléaire américaine… :

« Après inspection des installations entre janvier et juin 2010, le NRC estime que la centrale de Fort Calhoun n’a pas les installations adéquates pour se protéger contre des inondations. (…) Et ce en opposition avec les spécifications techniques établies par l’organe régulateur. »

Dans les deux cas, la défaillance, l’insuffisance ou l’inexistence de ces systèmes ont provoqué la défaillance de l’alimentation électrique des systèmes de refroidissement. Construites au bord de l’eau, rien de prévu contre les inondations, la panne, inéluctable…

Les conséquence de cet accident à Fort Calhoun ?

Les nouvelles au sujet de cet accident sont extrêmement contrôlées.

L’accident est pour le moment classé au niveau 4 de l’échelle internationale des accidents nucléaires, comme l’avait été au début de son histoire celui de la centrale japonaise de Fukushima-Daiichi.

Les autorités américaines ont annoncé que le système de refroidissement en question était à nouveau fonctionnel, mais n’ont apporté aucune précision quant à l’état des combustibles, ni sur les conséquences de cette inondation sur les zones de stockages extérieures.

Pour le reste, la suspicion est aujourd’hui d’autant plus importante que les autorités américaines, via la Federal Aviation Administration, ont décrété la zone non sur-volable, invoquant des raisons de sécurité. Cela présente l’avantage de rendre la tâche impossible aux journalistes qui tentaient de prendre des images de la centrale nucléaire noyée en la survolant à l’aide de petits avions de tourisme ou d’hélicoptères, et qui sont ainsi contraints de se contenter des communiqués laconiques qui leurs sont fournis, étant donné que la centrale est aujourd’hui une île, et que la navigation sur le fleuve est également interdite.

Comme à l’habitude, comme partout sur la planète nucléaire, la règle, c’est le silence, véritable omerta. Et quand les experts se prononcent c’est sur l’air connu « Aie confiance, crois en moi… ».

Allez, pas d’inquiétudes, les experts veillent, et le nucléaire est sûr…

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