1986 – Catastrophe de Tchernobyl – Nuage de particules radioactives : chronique d’un mensonge d’État en France.

Il y a 25 ans avait lieu la catastrophe de la centrale nucléaire de Tchernobyl. Les faits commençant à dater quelque peu, petit rappel du contexte :

  • 26 avril 1986, 1 h 23 : explosion du réacteur n°4 de la centrale nucléaire Lénine à Tchernobyl, en Ukraine, pays de l’URSS. 900 enfants, âgés de 10 à 17 ans participent pendant la journée à un marathon pour la paix, dont le parcours fait le tour de la centrale de Tchernobyl.
  • Le 27 avril, Mikhaïl Gorbatchev, dirigeant de l’URSS, est informé officiellement de la catastrophe. Les centrales nucléaires suédoises détectent une importante élévation du niveau ambiant de radioactivité, sans pouvoir en déterminer l’origine.
  • Le 28 avril, Pripyat, la ville située juste à proximité de la centrale de Tchernobyl comportant quelques 45000 habitants, dont la totalité des personnes y travaillant, est évacuée. A 13 heures, le gouvernement soviétique annonce un « accident nucléaire », sans en évoquer ni la nature, ni la gravité, ni l’emplacement.

Dans les jours qui suivent ce qui deviendra la catastrophe de Tchernobyl, tandis que la majeure partie de l’Europe lançait des séries de mesures visant à protéger les populations contre les retombées du nuage radioactif, la France optait pour une politique différente, puisque, l’on s’en souvient, officiellement, le nuage de particules radioactives ne passa pas les frontières métropolitaines.

1986 – Catastrophe de Tchernobyl – Nuage de particules radioactives : chronique d’un mensonge d’État en France.

Les premières communications de l’État français à la suite de la catastrophe de Tchernobyl ont été télévisuelles. Invité au journal de 13 heures d’Antenne 2 le 29 avril 1986, intervient le « spécialiste » français de la question, le Professeur Pierre Pellerin, directeur du Service central de protection contre les rayonnements ionisants (SCPRI), un service dépendant du Ministère de la Santé. A l’époque, ce service concentre tous les pouvoirs sur le sujet nucléaire, qu’il s’agisse de contrôle, de décision et d’information. A ce titre, ce professeur, fut l’une des premières personnes informées en France, puisque contacté le 28 avril par ses collègues suédois, qui l’avertissaient de la contamination radioactive de leur atmosphère, qu’ils imputaient à un accident nucléaire soviétique, sans pour le moment disposer de davantage d’informations. Journal du 13 heures, 29 avril, Antenne 2 :

 

Le Professeur Pierre Pellerin fait donc annonce de ces contacts avec les suédois, et se veut rassurant :

« même pour les Scandinaves, la santé n’est pas menacée »

Descendant de Scandinavie, le panache de particules radio-actives s’était mis en tête de prendre la direction du sud, malgré une période peu propice pour profiter du soleil. Cependant les prévisions météo sont annoncées comme étant favorables. En effet, la France bénéficie de l’aide providentielle d’une dépression au dessus de la Sardaigne et surtout d’un anti-cyclone au dessus des Acores, qui, équipé d’un panneau Stop et sans doute avec le soutien des sérieux et compétents fonctionnaires des douanes, devait parvenir à expédier le malotrus aux moins bien lotis voisins italiens, yougoslaves et autrichiens.

Météo du journal télévisé d’Antenne 2, le 29 avril 1986, rendue historique par l’apparition d’un panneau STOP :

C’est aussi à l’occasion de ce journal du soir que le Professeur Chanteur, adjoint du Professeur Pellerin, répondant à une question du présentateur, déclare :

« on pourra certainement détecter dans quelques jours le passage des particules mais, du point de vue de la santé publique, il n’y a aucun risque »

La prévision météo n’était malheureusement pas juste optimiste. Le 17 janvier 2002, Jean-Pierre Pernaut, immensément connu en France pour être l’éternel présentateur du journal télévisé de 13 heures de la chaîne TF1, et qu’il est difficile de taxer d’agitateur rebelle au système, déclara à Paris Match :

“A l’époque, en France, de faux bulletins météo ont été fabriqués par les autorités pour insinuer que le nuage de Tchernobyl s’était arrêté à nos frontières. C’était faux bien sûr. Pris de panique, nos responsables politiques ont été lamentables”

Le nuage atteint la frontière française précisément ce jour du 30 avril, aux alentours de 13 h. La vidéo ci-dessous, détaille de manière très précise le passage de ce nuage de particules radio-actives au dessus de l’Europe, et de la France.

Très rapidement, puisqu’au 1er mai, le nuage de particules radioactives a, à un moment ou un autre, couvert l’ensemble du territoire, la chose est détectée par l’ensemble des installations de surveillance nucléaire, qui font remonter l’information, comme il se doit, à l’organisme chargé de la chose : le SCPRI du Professeur Pellerin. Ce dernier, après vérification, publie successivement deux communiqués, un premier le jour même pour le Sud et l’Est de la France, l’autre dès le lendemain, concernant l’ensemble du territoire français métropolitain. Noel Mamère, au JT d’Antenne 2, le 1er mai :

« ce matin, le SCPRI a annoncé une légère hausse de la radioactivité de l’air, non significative pour la santé publique, dans le sud-est de la France et plus spécialement au-dessus de Monaco »

Le 2 mai, la presse écrite reprend l’information et titre :

Le Figaro : La France touchée à son tour. France Soir : Des nuages radioactifs au dessus de la France.

Ce même 2 mai, en toute fin de nuit (vers minuit), le Professeur Pellerin diffuse largement un nouveau communiqué. Celui-ci précise que :

« les prises préventives d’iode ne sont ni justifiées, ni opportunes » et qu’ « Il faudrait imaginer des élévations dix mille ou cent mille fois plus importantes pour que commencent à se poser des problèmes significatifs d’hygiène publique« .

A la télévision, ce même 2 mai 1986, le Professeur Pellerin déclare que :

les inquiétudes concernant le tourisme en URSS sont sans fondement sanitaire

En Europe, les réactions sont différentes. La majeure partie des états européens (Pologne, Danemark, Norvège, Finlande, Suède, Royaume-Uni, Pays-Bas, Allemagne, Autriche, Italie, Grèce, etc.) prennent des mesures pour protéger leurs populations, particulièrement sur le plan alimentaire. L’Italie, par exemple, met en place un contrôle visant à vérifier les denrées alimentaires rentrant sur son territoire. Le but est d’éviter de faire rentrer des denrées contaminées de pays ne pratiquant pas un niveau de contrôle suffisant, dont clairement celles provenant de la France. Le 3 mai 1986, Libération titre :

L’Europe dans le nuage.

Le 4 mai 1986, La France décide de saisir la Commission Européenne, estimant que : « les mesures italiennes constituent des entraves non justifiées aux échanges« . Le 5 mai 1986, alertée et préoccupée, la Commission Européenne souhaite mettre en place des mesures sanitaires à l’échelle de l’Union Européenne. La France muselle d’emblée la chose, en imposant un vote à l’unanimité. Le Ministère de l’Agriculture se fend d’une déclaration le 6 mai 1986 :

« Le territoire français, en raison de son éloignement, a été totalement épargné par les retombées de radionucléides consécutives à l’accident de la centrale de Tchernobyl« 

Le 8 mai 1986, le Ministère des Affaires Étrangères compose une note classée confidentielle à l’attention de Matignon et donc du Premier Ministre, Jacques Chirac. Cette note confidentielle indique que la France a obtenu par voix diplomatique de la Communauté Européenne « un adoucissement des mesures de contrôle » et que « les contrôles de radiation soient faits dans les pays exportateurs et non dans les pays importateurs ». Une réponse du berger à la bergère aux pays, tels l’Italie, qui avaient mis en place des mesures de protection de leurs populations en imposant un contrôle des denrées arrivant dans leur pays. Ce même jour, l’Événement du Jeudi titre :

SOS MENSONGES

Le 9 mai 1986, le journal Le Parisien titre :

On a le droit de savoir

Au journal télévisé de 20 heures, sur TF1, Corinne Lalo explique qu’en Allemagne, la consommation de salades a été interdite, tandis qu’il n’en est rien en France. Le 10 mai 1986, on retrouve, invité au journal de TF1, le Professeur Pierre Pellerin. Celui-ci avoue que les mesures de radioactivité faites sur le territoire français étaient anormales dès le 30 avril, sans que pour lui cela ne nécessite de mesures particulières. Le présentateur, Jean-Claude Bourret, s’étonnant qu’aucune donnée chiffrée n’ai été donnée depuis l’incident, se voit répondre par le Professeur Pierre Pellerin :

“Tout simplement parce qu’il y a eu deux ponts en deux semaines, et qu’il est très compliqué de transmettre les résultats !”

Le 12 mai 1986, Libération titre :

Le mensonge radioactif (sous titre : le nuage de Tchernobyl a bien survolé une partie de l’hexagone).

Le 13 mai 1986, tandis que Le Monde titre :

Désinformation nucléaire

Alain Madelin, à l’époque Ministre de l’Industrie, annonce la mise en place d’une structure inter-ministérielle d’information sur le nucléaire, réunissant des représentants de la santé, de l’environnement, de la répression des fraudes, des finances, de la sécurité civile, du CEA, d’EDF…

« Il faut, dans cette affaire du nucléaire, puisqu’elle provoque une émotion chez les français, […] jouer complètement le jeu de la transparence, cartes sur table. On s’aperçoit qu’il n’y a pas eu de maillon faible dans la sécurité des français. Il n’y a eu aucun maillon faible. Et personne ne peut dire qu’à un moment, la sécurité des français a été menacée. Ce n’est pas vrai. Il n’y a pas eu de maillon faible dans la sécurité des français, il y a eu un maillon faible dans la procédure de communication. Et bien on va y remédier. Personne n’avait prévu ça avant, c’est une situation nouvelle, on y remédie. »

En vidéo ici sur le site de l’INA.

Le même jour, Alain Madelin, en interview, au journal de 20 heures d’Antenne 2 :

Noël Mamère, introduisant son sujet :

En France, la situation est considérée comme normale, le Service Central de protection contre les Rayonnements Ionisants indique qu’aucune radioactivité particulière n’a été relevée sur notre territoire. Il ajoute que plus de cent prélèvements ont été opérés sur des légumes tels que salades, épinards, artichauts, poireaux, persil, et j’en passe, que ces échantillons sont conformes à la réglementation française et aux directives communautaires. Si vous avez des doutes, et bien, vous pouvez désormais appeler gratuitement un numéro vert spécial Tchernobyl, qui vient d’être mis en place par la structure inter-ministérielle d’information sur le nucléaire, où nous rejoignons monsieur Madelin qui a mis en place cette cellule. Alors, que peut on obtenir comme renseignements, monsieur le Ministre, lorsque l’on appelle ce numéro et qui répond ?

Alain Madelin :

D’abord je tiens à vous dire qu’il n’y a aucun problème de sécurité en France. Aucun. Mais on a dis qu’il n’y avait pas assez d’information, c’est la raison pour laquelle nous avons mis en place d’abord une cellule d’information destinée aux journalistes pour les aider à faire leur travail. Et puis, comme il y a encore ici et là une certaine inquiétude mais que vraiment rien ne justifie, nous avons mis en place ce numéro vert, gratuit, gratuit, auquel vos téléspectateurs, auquel les français qui sont encore inquiets, peuvent interroger les spécialistes qui sont ici, afin d’avoir toutes les précisions nécessaires.

Noël Mamère :

Alors quels types de renseignements obtient-on quand on appelle ce numéro vert ?

Alain Madelin :

Tous les renseignements que vous voulez de la part des meilleurs spécialistes français. Toutes les données, nous n’avons rien à cacher, nous mettons cartes sur table, chose promise, chose due, nous jouons le jeu de l’information avec les français. Et il y a différents degrés d’inquiétude, il y a une inquiétude qui est née il y a quelques jours, sur soi-disant les épinards qui étaient parait-il contaminés. Et bien écoutez, du calme, du calme dans cette affaire. Il n’y a vraiment aucun risque sanitaire. J’ai déjà eu l’occasion de dire que l’on pourrait commencer à s’inquiéter et à aller voir son médecin si par hasard on trouvait, mais on n’en trouve pas dans le commerce, trois tonnes d’épinards irradiés et qu’on ait l’intention, sans les laver, de les ingurgiter dans les quelques jours qui viennent. C’est vraiment dire, je prends cet exemple pour montrer qu’il n’y a aucune inquiétude à avoir, tout ce qui est aujourd’hui chez les commerçants français, bien évidement, plusieurs fois surveillé, il n’a aucun danger sanitaire, aucun problème de sécurité en France. Mais néanmoins, si quelqu’un a un doute, si quelqu’un a une interrogation, si quelqu’un veut en savoir plus, il téléphone au numéro vert. […] Que les français soient rassurés, et s’ils ont un doute, qu’ils nous téléphonent.

Devant l’absence totale de données chiffrées, de contrôles indépendants et le sentiment général de malaise au sein de la population, une réaction citoyenne notable : la fondation de la CRIIRAD (Commission de Recherche et d’Information Indépendantes sur la Radioactivité) a lieu le 15 mai 1986. Le vendredi 16 mai 1986 a lieu une réunion de crise au Ministère de l’Intérieur. Les dernières analyses parvenues sont problématiques. Par exemple, le lait de brebis produit en Corse s’avère contenir plus de 10 000 becquerels par litre. Il n’est pas décidé d’en interdire la commercialisation, alors que la réglementation européenne préconise de le faire dès lors que le seuil de 500 becquerels par litre est atteint. En 2001, la justice saisira au cours d’une perquisition les documents liés à cette réunion. Sur l’un d’entre eux, une annotation à la main :

« Nous avons des chiffres qui ne peuvent être diffusés« 

A l’issue de cette réunion interministérielle toujours le 16 mai 1986, le Ministère de la Santé diffuse un communiqué :

« La santé publique n’est aucunement menacée par les conséquences de l’accident de Tchernobyl. Les activités courantes peuvent donc être poursuivies sans précautions particulières, notamment l’alimentation et les activités de plein air. » “A la suite de l’accident survenu à Tchernobyl, le Ministre de la Santé tient à confirmer que de telles inquiétudes sont totalement injustifiées et sans aucun fondement scientifique, ni médical. Le déroulement des grossesses en cours ne nécessite aujourd’hui, à ce titre, absolument aucune précaution particulière.”

Le dimanche 18 mai 1986, Alain Carignon, Ministre de l’environnement, déclare que le gouvernement a :

« commis l’erreur de croire que, parce qu’il n’y avait pas de danger, il n’était pas nécessaire d’informer fortement les Françaises et les Français ».

En cette année 1986, la seule erreur avouée par l’État Français est donc une carence de communication.

Quelles conséquences à ce mensonge d’État ?

La France des mois d’avril et mai 1986 est alors en en pleine période de cohabitation. Le pays est dirigé par un président de gauche, Francois Mitterrand, et un gouvernement de droite, avec à sa tête, comme premier ministre, Jacques Chirac.

Le pays doit alors à faire face, comme l’ensemble de ces voisins européens, à une crise sanitaire majeure, inédite et impactant l’ensemble de la population française métropolitaine, de même que la Corse. En effet, le nuage de particules radioactives venant de la centrale de Tchernobyl a bel et bien survolé le territoire français métropolitain, ainsi que la Corse. Scientifiquement, la chose est totalement établie et ne peut être remise en question.

En 1994, le SCPRI, encore dirigé par le Professeur Pellerin, change de nom, pour devenir l’Office de Protection contre les Rayonnements Ionisants. En 1999, des malades de la thyroïde se regroupent au sein de l’Association Française des Malades de la Thyroïde (AFMT).

En mars 2001, l’AFMT, la CRIIRAD et de nombreux malades de la thyroïde à titre individuel déposent une plainte contre X, mettant en cause le passage du nuage de particules radioactives au dessus du territoire français dans l’augmentation du nombre de cancers de la thyroïde. Cette plainte conduira à de nombreuses perquisitions dans différents organismes et ministères.

En février 2002, fusion de l’OPRI et de l’IPSN pour donner naissance à l’IRSN (Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire). Le 24 février 2002, une bombe explose dans le paysage médiatique : la CRIIRAD et le géologue André Paris publient un atlas détaillant de manière très précise la contamination du territoire français. Cet ouvrage, à la rigueur scientifique sans faille, déclenche une polémique très importante, car prouvant par le détail le mensonge des autorités.

Deux jours plus tard, devant la montée de l’indignation, le gouvernement de Lionel Jospin (dit de la troisième cohabitation) crée un groupe de travail sur les conséquences de la catastrophe de Tchernobyl sur le territoire français. Ce groupe de travail était chargé d’établir à partir des données existantes une cartographie de la contamination du territoire français suite à la catastrophe de Tchernobyl, et devait réunir « de la manière la plus ouverte possible les experts et les acteurs intéressés par cette question ». La direction de ce groupe de travail est confiée au Professeur André Aurengo, membre de l’Académie de Médecine et chef du service de médecine nucléaire du Groupe Hospitalier Pitié-Salpétrière.

Il semble nécessaire de noter ici que le Professeur André Aurengo était déjà, à l’époque, doté d’une réputation pro-nucléaire parfaitement assumée, siégeait au Conseil d’administration d’EDF, tout en occupant une position d’expert auprès de l’Agence internationale pour l’énergie atomique (AIEA). Cette collusion est immédiatement dénoncée par le réseau « Sortir du nucléaire » qui rappelle le fait que ce professeur avait produit en 2000 un rapport intitulé « Nucléaire et santé » qui indiquait par exemple :

 » l’énergie nucléaire apparaît bien comme un des modes de production de l’électricité les moins polluants et ayant le moins d’inconvénients pour la santé « 

Le Professeur André Aurengo avait régulièrement annoncé qu’il considérait qu’il n’y avait pas en France de malade lié au passage du nuage radioactif venant de Tchernobyl et avait enfoncé le clou, au cours du mois de janvier 2002 avec une déclaration reprise par l’AFP lors d’un voyage en Corse :

« Il n’y a pas d’argument scientifique qui conduise à penser que l’augmentation du nombre de ces cancers soit lié à un « effet Tchernobyl », dont les conséquences sont probablement négligeables en France ».

Le 28 février 2002, une expertise comparative entre les mesures de radioactivités effectuées par les autorités françaises en 1986 et les chiffres publiés est demandée par la juge d’instruction Marie-Odile Bertella-Geffroy.

Au mois d’avril 2002, le nombre de plaignants pour la plainte contre X de mars 2001 se monte à plus de 400, tandis que le gouvernement Jospin fait passer le Décret n°2002-460 du 4 avril 2002 relatif à la protection générale des personnes contre les dangers des rayonnements ionisants qui interdit notamment la présence de radionucléides (éléments qui émettent des rayonnements ionisants, donc des éléments dis radioactifs) dans les aliments, les biens de consommation et les matériaux de construction.

Le 24 avril 2003, L’IRSN publie une nouvelle carte de la contamination radioactive de la France. Cette carte, très proche des données publiées par la CRIIRAD, est aussitôt contestée par le Professeur Aurengo qui se déclare :

« consterné que de tels résultats, méthodologiquement aussi contestables et très probablement faux, aient pu être diffusés sans aucune validation scientifique… « 

Il est ici utile de rappeler que l’IRSN est un organisme public d’expertise en sûreté et en radioprotection, comportant quelque 1 750 salariés, parmi lesquels de nombreux spécialistes, ingénieurs, chercheurs, médecins, agronomes, vétérinaires et techniciens, experts compétents en sûreté nucléaire et en radioprotection ainsi que dans le domaine du contrôle des matières nucléaires sensibles. Une caution scientifique un peu juste au regard du professeur Aurengo, qui n’en restera pas là, comme nous aurons l’occasion de le voir plus loin…

En septembre 2004, dans la Revue Générale Nucléaire, Francis Sorin, dirigeant de la Société française d’énergie nucléaire, rend hommage à « La rigueur et l’honnêteté dont a fait preuve le professeur Pellerin dans l’exercice de ses responsabilités ».

Le 25 mars 2005, la juge d’instruction Marie-Odile Bertella-Geffroy communique aux parties civiles le rapport qui vient de lui être remis par deux experts, Paul Genty et Gilbert Mouthon. Les conclusions de ces derniers sont particulièrement accablantes et prouvent le mensonge délibéré de la part de l’État français et du SCPRI lors du passage du nuage de particules radioactives.

15 jours plus tard, le 13 avril 2005, la CRIIRAD demande la mise en examen du Professeur Pellerin en sa qualité d’ancien directeur SCPRI, au motif de « délit de mise en danger délibérée et de diffusion de fausses nouvelles de nature à tromper les citoyens sur les conséquences de la catastrophe de Tchernobyl ».

Le 31 mai 2006 Pierre Pellerin est par ailleurs mis en examen dans le cadre dit des cancers de Tchernobyl pour « Infraction au code de la consommation » et placé sous statut de témoin assisté concernant les délits de « Blessures involontaires et atteintes involontaires à l’intégrité de la personne ». Depuis le 31 mars 2011, il semble que le dossier se dirige vers un non lieu, à la suite de son examen par la cour d’appel, par volonté du parquet. La juge d’instruction Marie-Odile Bertella-Geffroy, qui dirigeait le dossier depuis le début a par ailleurs été suspendue de cette affaire. Selon Chantal Lhoir, coprésidente de l’AFMT (Association française des malades de la thyroïde) dénonce :

«Cette attitude vise à étouffer l’instruction pénale portant sur la problématique majeure de la communication officielle en direction des populations, lors des catastrophes nucléaires, ce qui est absolument intolérable»

L’AFMT réclame par ailleurs au garde des Sceaux Michel Mercier d’empêcher toute «entrave» au déroulement de l’instruction, en particulier que le parquet ne requière pas de non-lieu dans cette affaire. La décision finale doit intervenir le 7 septembre 2011, qui aboutira, n’en doutons pas, au non lieu, pour cet homme, pur produit de la nucléocratie, directeur de l’organisme ayant tout pouvoir en la matière (contrôle, décision et d’information), et dont Jean-Claude Zerbib, qui travaillait au centre d’études nucléaires de Saclay en tant qu’ingénieur de radioprotection au CEA, disait :

« C’était la Jeanne d’Arc de l’atome, il avait entendu des voix. Et puis tout le monde avait peur de lui ».

Le groupe de travail sur les conséquences de la catastrophe de Tchernobyl sur le territoire français, présidé par le professeur André Aurengo aura connu un sort un peu particulier. Rappelons que ce groupe, a été formé par la volonté du gouvernement Jospin sous la pression de l’opinion publique en 2002 était relativement pluraliste, puisque composé non seulement de membres de l’IRSN, mais aussi de médecins, de représentants d’association et de journalistes. Le fonctionnement de ce groupe a été qualifié de scandaleux… par ses propres membres ! Quelques réunions eurent lieu en 2003, une seule en 2004, et aucune en 2005, à tel point que tous, en 2006, pensaient que le groupe était passé aux oubliettes. Ces quelques réunions n’étaient organisées que de manière aléatoire, n’avaient aucun ordre du jour, pas plus que de compte-rendu. Ses membres, dans un communiqué commun, dénoncèrent pèle-mêle l’inanité des travaux, l’attitude partiale du Professeur Aurengo, l’absence totale de moyens accordés (même les frais de transports des membres pour assister aux réunions n’étaient pas pris en charge !).

Il est encore possible de lire en ligne ce communiqué, au doux intitulé « Comment un autocrate, le Pr Aurengo, a trahi une démarche participative ». Le Professeur André Aurengo rendra donc ses conclusions sous la forme d’un rapport le 18 avril 2006. Ce professeur a également été choisi comme expert dans d’autres domaines tels que les risques sanitaires des champs électromagnétiques des lignes à haute tension et des antennes-relais de téléphonie mobile. Pour ces deux domaines, Il a également été accusé d’être juge et partie aussi bien par les milieux associatifs concernés que par la presse écrite (lire à ce sujet les articles édifiants du Parisien en mars 2008, et du Canard Enchaîné en 2010), car siégeant toujours au conseil d’administration d’EDF et étant membre du conseil scientifique de Bouygues Télécom ! Une chose que l’on ne peut cependant retirer au Professeur Aurengo est néanmoins la fidélité à la cause nucléaire, qui lui fera même évoquer en mars 2003 le péril pour la santé publique que représentent… les éoliennes ! Ce jour là, l’énergie nucléaire était même présentée comme étant la plus sûre :

« dans la mesure où elle s’avère avoir le plus faible impact sur la santé par kilowatt produit par rapport aux filières utilisant des combustibles fossiles, les biomasses ou l’incinération des déchets ou même les énergies éolienne et photovoltaïque ».

La loi de 2002 (Décret n°2002-460 du 4 avril 2002 relatif à la protection générale des personnes contre les dangers des rayonnements ionisants) interdisant notamment la présence de radionucléides dans les aliments, les biens de consommation et les matériaux de construction a été abrogée de fait par l’arrêté du 5 mai 2009 fixant la composition du dossier et les modalités d’information des consommateurs prévues à l’article R. 1333-5 du code de la santé publique, promulgué par le gouvernement Fillon, malgré un avis défavorable de l’Autorité de Sûreté Nucléaire ! Voir à ce sujet le dossier de synthèse de la CRIIRAD qui expose bien comment ce décret risque de faire entrer les déchets nucléaires dans la vie quotidienne des citoyens français.

Aussi, aujourd’hui, 25 ans après cette catastrophe de Tchernobyl et à l’heure d’une nouvelle catastrophe nucléaire majeure au Japon, il est intéressant de se tourner vers le passé pour constater que le gouvernement d’une nation républicaine peut mentir sciemment à sa population en situation de crise nucléaire, au mépris de la santé de celle-ci. Les raisons justifiant un tel choix peuvent être variées : la peur d’une panique au sein de la population, la foi en l’intégrité, l’intelligence et le savoir d’experts (!), la pression d’un lobby, la défense d’un intérêt jugé souverain, ou encore tout simplement le fait d’ignorer comment réagir, se fixer une ligne de conduite et s’y tenir, coute que coute… pour la population. En effet, à ce jour, aucun politique du gouvernement français de l’époque n’a encore eu à rendre de compte ou à faire face à ses responsabilité devant la justice.

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