La crise alimentaire mondiale de 2007 à 2008 pour les nuls

La crise alimentaire mondiale de 2007 à 2008 pour les nuls

Le contexte

epis d'orge, de blé et de seigle

epis d'orge, de blé et de seigle (Auteur : Timo1974, wikipedia)

Le prix du marché international du blé a quasi doublé entre février 2007 et février 2008. Entre janvier et mars 2008, le prix du riz double (pour atteindre son plus haut niveau des dix dernières années). Le soja atteint son prix le plus élevé depuis 34 ans en décembre 2007. La conséquence rapide est une flambée des prix partout sur le globe. Les fruits et légumes marquent le pas. La viande, les produits laitiers flambent également : les animaux d’élevage sont nourris de céréales
La plus forte hausse du prix des denrées alimentaires de base depuis les années 1970. Immédiatement, c’est la crise alimentaire, implacable, globale, mondialisée. La plus grande qu’ai jamais connu l’humanité.

Les causes de la crise alimentaire mondiale de 2007-2008

Cette crise à bénéficié d’un milieu et d’une conjonction de facteurs pour le moins favorable :

1. L’Australie, en butte avec le changement climatique

L’Australie, immense producteur de céréales (4e plus gros exportateur mondial, derrière les U.S.A., la France et l’Argentine), brûle sous la sécheresse depuis 5 ans, sur l’ensemble de son territoire. Sa température moyenne annuelle a augmenté de 0,8 degré celsius depuis 1960. Les incendies font rage : 850 000 hectares détruits en 2006, du jamais vu jusqu’alors. En 2006, la production de céréales en Australie a baissé de moitié par rapport à la normale.

Moins de marchandise présente sur le marché, légère augmentation de la demande, les prix commencent naturellement à monter.

2. Un facteur aggravant : le prix du baril de pétrole brut.

On assiste à une forte hausse de la demande de la part de la Chine. Le contexte géopolitique est par ailleurs plutôt tendu : tensions au Moyen-Orient, au Nigéria, troubles au Vénézuela (11e plus gros pays producteur au monde), baisse de la production en Irak (pays souffrant de mauvaises conditions politiques, ethniques, etc.). Ajoutez quelques catastrophes naturelles comme Katrina dans un bassin de production tel que le Golfe du Mexique, et la pression sur le marché augmente encore un peu.

3. Histoire d’en rajouter, je vous présente les agrocarburants.

Même à 80 dollars US le baril, tout le monde ne tire pas forcément la gueule. Prenez le paysan américain moyen. Lui, la céréale, il connait par coeur : les USA sont le 2e producteur mondial et le 1er exportateur. Pour lui, c’est 100 % gagnant, il plante, et peu importe si la récolte est bonne ou pas. La sacro-sainte économie de marché, c’est bon pour les ploucs, lui n’a pas à la subir.
En effet, comme les USA avaient senti venir la hausse du pétrole, il avait été décidé d’investir massivement dans des usines de production d’agrocarburant. Le besoin de matière première va être là, les usines seront bientôt prêtes et devront tourner, parce que, vu ce que ça coute à construire et à faire fonctionner… Alors, pour préparer en amont la source d’approvisionnement future, le pays verse à notre bon paysan, et à tous ses potes, de 2001 à 2006, 25 milliards de dollars pour une récolte qui autrement aurait perdu 20 milliards de dollars au cours de la même période. Des subventions mirifiques qui ont d’ailleurs fait chuter les cours mondiaux et causé des pertes allant jusqu’à 4 milliards de dollars à des pays tels que l’Argentine, le Paraguay et l’Afrique du sud.

Mais en 2007, ca va swinguer sur le marché !
Cette année est charnière aux USA. Les usines sont prêtes, les réseaux, tout pareil, les producteurs arrivent enfin à produire… Premier producteur mondial et premier exportateur mondial (et de loin…), les USA décident de consacrer 23 % des récoltes totales de maïs pour faire du carburant, contre 6 % l’année précédente. Le maïs, c’est un aliment de base, presque partout sur la planète. Moins de marchandise disponible sur le marché, peu ou pas de stocks… La pression, et les prix, continuent de monter.

4. Et pour finir, les spéculateurs…

Bien entendu, s’il en est que la situation ne laisse pas tout à fait de marbre, ce sont bien les spéculateurs, sur les marchés boursiers.
Petite piqure de rappel : les spéculateurs sont quelque peu gênés aux entournures, depuis le second trimestre 2006. Ils avaient en effet joué avec des crédits hypothécaires cédés trop facilement à des emprunteurs, sans que ceux-ci n’aient la possibilité matérielle de rembourser dans de bonnes conditions. Autrement dit, on a trop prêté, en ayant conscience de le faire, à des personnes dont on n’ignorait pas qu’elles ne pourraient pas rembourser, en pensant que, dans le pire des cas, c’est à dire l’insolvabilité du client, le marché de l’immobilier permettrait de revendre avec profit le bien saisi. Manque de bol, les emprunteurs ne peuvent plus rembourser, multiplication du nombre de biens sur le marché immobilier. La valeur des biens immobiliers saisis se casse la gueule.
C’est la crise des subprimes.

effet domino

effet domino : qu'un seul tombe et tous les autres suivront !

Les banques prennent cher : elles ont beaucoup perdu. Les Etats, craignant un effet domino si les banques importantes venaient à faire faillite, entrent dans la danse. Elles empruntent sur les marchés, et soit nationalisent, soit renflouent ces dernières.

Bref, en ce début 2007, les banques ont joué, perdu, eu super chaud au cul, mais se retrouvent plus ou moins renflouées. Temporairement, elles font preuve de prudence, et courent se réfugier sur du tangible.
C’est plutôt avantageux, d’ailleurs : ça fait plus sûr, plus sérieux que les marchés financiers, et puis ça permet de donner à penser aux généreux Etats donateurs et / ou préteurs qu’elles redeviennent dignes de confiance.

Du tangible donc. Bref, les matières premières et les denrées agricoles. Les poches des banques sont pleines du crédit à pas cher prodigué par les états providence, si honnis par elles avant cette crise. Elles investissent. Massivement. Et le marché explose.

Cette flambée des prix des denrées agricole de base a touché l’ensemble de la population mondiale, à des degrés divers. Ce que les habitants des pays des pays développés n’ont perçu que comme une baisse de leur pouvoir d’achat a eu des conséquences bien plus importantes dans tous les autres pays de la planète. Ainsi, 37 pays ont été recensés par la FAO comme nécessitant une aide extérieure pour limiter les conséquences de cette crise sur leurs populations.

Crise alimentaire mondiale 2007-2008 - Les 37 pays nécessitant une aide extérieure

Crise alimentaire mondiale 2007-2008 - Les 37 pays nécessitant une aide extérieure

Des émeutes ont lieu en Afrique (Burkina Faso, Cameroun, Sénégal, Mauritanie, Côte d’Ivoire, Égypte, Maroc, Afrique du Sud), en Asie (Yémen, l’Ouzbékistan, le Bangladesh, le Pakistan, le Sri Lanka), et en Amérique latine (Mexique, Bolivie).

A voir sur cette crise alimentaire mondiale de 2007-2008 : Vers un crash alimentaire.

Arte a diffusé sur son antenne un documentaire consacré à ce sujet, extrêmement bien fait, en 2008 : Vers un crash alimentaire.
Vidéo visible juste après la description du documentaire ci-dessous :

La tourmente financière, qui vient démentir toutes les promesses de la mondialisation, a éclipsé les signes avant-coureurs d’une autre crise, infiniment plus grave : une pénurie alimentaire générale. Pour comprendre comment tous les voyants sont passés au rouge, ARTE ausculte un système devenu fou.

Conjuguées au dérèglement climatique, les logiques économiques actuelles conduisent à brève échéance à une catastrophe alimentaire planétaire. Est-il trop tard pour inverser la tendance ?
La récente flambée des prix agricoles a été un coup de semonce : jamais le monde n’avait affronté une crise alimentaire d’une telle ampleur. Mais comme le montre l’enquête d’Yves Billy et Richard Prost, les difficultés ne font que commencer. Les stocks mondiaux de céréales baissent depuis huit années consécutives et n’assurent plus à la population mondiale qu’une avance de vingt jours d’alimentation, bien en deçà du niveau officiel de sécurité fixé à soixante-dix jours. Aujourd’hui, rappellent-ils, 925 millions de personnes souffrent de la faim sur la planète et leur nombre croît de plus en plus vite. À la hausse du prix des matières premières, à la raréfaction de l’eau et des surfaces arables et aux ravages causés par les dérèglements climatiques, se sont ajoutés deux phénomènes récents : au moment même où la demande chinoise en céréales s’accélérait brutalement, les biocarburants ont commencé à redessiner la carte de l’agriculture mondiale. Par exemple, la production américaine d’éthanol à base de maïs, qui engloutit le tiers des récoltes du pays, devrait passer de 80 millions de tonnes en 2007 à 120 millions cette année. Quant au productivisme agricole, qui en un demi-siècle a épuisé les sols et pollué l’environnement, il a atteint ses limites. Tout comme le dogme néolibéral, qui a poussé les pays du Sud à tout miser sur des cultures d’exportation, mettant la survie des populations locales à la merci des cours mondiaux. De plus en plus nombreuses, des voix s’élèvent pour que ces logiques économiques soient remises à plat, même au sein du FMI et de la Banque mondiale, afin de prendre en compte les besoins des différents pays, y compris des plus pauvres.

Nourrir les hommes ou l’économie ?
Les réalisateurs ont enquêté en Europe, interrogé de nombreux spécialistes de l’agriculture et de l’alimentation, parcouru les exploitations céréalières de l’Argentine et des États-Unis, puis traversé une Chine en voie d’urbanisation accélérée. Pour parvenir à nourrir sa population, celle-ci investit désormais à l’extérieur de ses frontières, en Afrique, en Corée du Sud et, justement, en Argentine. Avec l’exemple du maïs et du soja, deux cultures majoritairement livrées aux OGM, que l’industrie, mais aussi l’élevage intensif, disputent à l’alimentation humaine, ils nous permettent de comprendre très concrètement pourquoi la demande agricole grimpe alors que l’offre baisse. Une démonstration accablante, qui nous interroge : sommes-nous capables de modifier le cours de cette catastrophe annoncée ?

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